• Douleurs miroir de Barjy L. et Charly Reinhardt

    Une double histoire, écrite comme dans un palais des glaces tant le nombre de reflets y est important, parue fin 2019 chez Mix Editions.OUi je sais, pas une nouveauté mais confinement oblige je peux enfin replonger mes yeux avides et papillonnants (comprenez de myope) dans ma PAL ! 

    Douleurs miroir de Barjy L. et Charly ReinhardtLe pitch: 
    "Un regard sur notre histoire " de Barjy L :
    L’intolérance
    Jonas la connait bien, il la côtoie tous les jours.
    Il la subit. Il en est responsable aussi, parfois.

     Est-ce qu’une après-midi et un vieux photographe pourraient changer les choses ?

     Peuvent-ils suffire à transformer le regard des autres, et celui qu’on pose sur sa propre existence ?

     

    " De bleu et de rouille " de Charly Reinhardt:

     Pour lui, tout n’est que couleurs et sexe.

     Des corps, de la crasse, des teintes qui l’obsèdent et dont il ne parviendra jamais à restaurer les nuances. Une addiction trop ancrée en lui pour qu’il puisse s’en défaire.

     À moins que la rouille et le bleu qui s’invitent dans sa vie ne constituent un début de réponse ?

     

                                                                      ****

    Deux histoires, deux auteurs, deux visions de la douleur ! 
    Un livre qui porte réellement bien  son nom tant par le reflet des deux histoires l'une face à l'autre que ceux plus discrets que l'on peut également  discerner entre leurs lignes. Par choix personnel je ne dirai que très peu de choses sur les intrigues en elles-mêmes, les histoires sont courtes et donc facilement spoilables ( mon pote le dico me dit que si, d'abords, ce mot existe dans un monde parallèle ou Mr Larousse n'a pas son mot à dire ).

     

    L'histoire de Barjy est une très belle leçon de douceur  et de souvenirs amers. Une rencontre entre deux générations autour d'une même douleur. L'un, jeune et le monde devant lui est en plein doute sur  son avenir avec son amoureux secret; l'autre au crépuscule de sa vie n'a plus que ses rêves et ses regrets sur ses épaules.
    Jonas assiste donc pendant un de ses cours à un échange aussi douloureux que salvateur avec   une ancienne victime de guerre . En face de lui , c'est le reflet  grisonnant et désuet de ses propres questions, ce reflet modifié par le prisme de l'histoire et du temps qui donnent aux hommes une chance inégale d'accomplir leur destin. Un vieil homme rescapé des événements qui y a en revanche laissé son ame soeur.
    Touché par le regard malicieux et perspicace de ce vieux briscard au coeur déjà mort d'amour, Jonas y puise le courage de faire front a ses propres peurs. L'un n'a pas eu de choix l'autre l'a mais la douleur et la crainte se rejoignent dans une meme constatation intemporelle de l'intolérance et de ses conséquences dévastatrices.

    Au delà du reflet de l'histoire officielle, c'est la petite histoire des hommes, encore moins glorieuse, qui jaillit page après page, d'une époque à l'autre. De la bêtise hypocrite d'un monde révolu, où l'homosexualite n'etait pas si rare, à une actualité plus concrète, où il est devenu normal d'assumer une liberté d'expression toute aussi crasse et destructrice, les deux hommes se livrent l'un à l'autre dans un discour muet et très émouvant. La jeunesse du matin voudrait voir la certitude du soir effacer cette trouille bleue d'être un adulte affirmé à midi. 

    Ce premier reflet du miroir c'est cette douleur officielle, respectable, reconnue et indéniable. De celles que l'on ne songerait jamais à remettre en cause ou à juger (aujourd'hui en tout cas pour la plupart des gens pourvu d'un minimum de sensibilité et d'intellect), elle est honorable et juste aux yeux de tous et elle est le côté lumineux et éclairé de l'histoire qui lui succède.


    Si l'on était dans la lumière avec Barjy , sa consoeur, elle, nous entraîne dans les méandres du côté obscur de ce que l'on appelle un être perdu.

    Greg se noie dans le sexe, l'alcool, la luxure, la crasse et la douleur. Cette douleur qui est la dernière chose qui le rend vivant ou plutôt survivant. La morale de ses actes ne le touche même plus et le regard des autres encore moins. Se baigner dans le mépris et le rejet est devenu son quotidien et cela semble lui convenir entre  overdoses d'alcool et  manques de nicotine. Cette histoire pue le renfermé, la solitude et le précipice (et probablement le sperme de la veille et le vomi aussi).  Elle porte haut l'étendard du m'enfoutisme et de la perdition avec un héros qu'on serait rapidement tenté de juger et de mépriser. 

    Mais que j'aime ces personnages cabossés et complètement hors champ ! S 'il est bien une douleur que les gens ne sont pas prêts comprendre c'est bien celle de la descente aux enfers et de la destruction. Greg se met en danger, met les autres en danger et continue marche après marche à gravir les échelons de la déchéance. Deux jumeaux très attractifs, comme le reflet d'un seul et même homme, occupent un moment son quotidien puis font la passerelle pour sa rencontre avec Seb. 
    Seb au regard noir qui lui renvoie en pleine face ses faiblesses et ne lui fait aucun cadeau. Seb qui n'épargne ni sa fierté déjà bien écrasée ni son coeur  rongé par la maladie de vivre en suspen. Seb est dur avec lui et dans un monde  où Greg a perdu ses couleurs, cette dureté lui fait un bien fou. Elle l'englue tout autant qu'elle le libère et elle le jette face à lui-meme comme ce reflet qu'on croise sans jamais le vouloir au détour d'un couloir.
    Ici on fait pas dans le rose rédempteur, dans l'amour salvateur, on fait dans le glauque malaisant et dans cette réalité pourtant bien ordinaire de nos défauts les plus sombres. Nul ne peut juger cette attraction morbide qu'exerce la peur et la certitude de la fin, nul ne peut lui faire plus de mal que lui-même. Greg c'est un miroir brisé qui ne perçoit plus que les nuances de gris, un être pour qui le verbe espérer n'a aucun sens. 
    La psyché tordue alliée au processus de création de Greg sont probablement les deux aspects qui m'ont le plus troublés et touchés. Cette monochromie ambiante est chavirante à en être étouffante et cette toile barbouillée qu'est devenue sa vie, la véritable palette d'actions toutes moins recommandables les unes que les autres. Greg n'est pas fantasmatique  et Seb n'est pas un prince charmant qui édulcore les problemes de Greg.
    Pour moi et je dis bien pour moi on a pour une fois la vraie recette d'une dark romance:

    -point de héros abusif qui saurait rendre "Bébé " heureux malgré lui  à la dixième page après une ch'tite fessée

    - pas de compassion sur le malheur de Greg pour nous le rendre plus sympathique

    -pas de prince guérisseur qui se transforme de brute épaisse en  chamallow en cuir, Seb est un con et reste un con avec une vie à deux balles.

    Non juste deux mecs qui se percutent et qui croisent leur vie tout en restant ce qu'ils étaient ( c'est magique hein un peu comme nous)  le reste c'est leur histoire et leur possible et c'est ce seul possible qui force Greg a laissé à nouveau entrer peu à peu la couleur dans sa vie et dans ses croquis. Le reste c'est a eux de voir !


    Le miroir de Barjy était vif et éclatant de sincérité juvénile, celui de Charly est sombre et piqué. La douleur de Jonas est honorable quand celle de Greg est  à peine tolérable ou excusable et pourtant?  
    Et pourtant c'est probablement cette opposition en tous points de nos convictions les plus sûres et les moins avouables qui font peut-être la vraie saveur de ce duo.
    Yop 

                                                                       

    Douleurs miroir de Barjy L. et Charly Reinhardt

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